Le blogue d’Artexte: un lieu d’échanges, d’expérimentation et de diffusion d’idées liées à la recherche en art actuel.

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Notes de parcours

Une conversation avec John Latour

Les recherches de John Latour portent sur les artistes utilisant des pseudonymes ou des alter egos dans leurs œuvres. Qui était qui était qui dans l’art contemporain canadien?

Sélection de documents de la collection d'Artexte. © photo John Latour.

John Latour est artiste plasticien et bibliothécaire en enseignement et recherche – Beaux-arts à l’Université Concordia. Il a également été bibliothécaire d’art chez BAnQ (2016-2017) et chez Artexte (2005-2015). John est titulaire d’un baccalauréat en arts visuels (Université d’Ottawa), d’un Master of Library & Information Studies (Université McGill) et d’une maîtrise en histoire de l’art (Université Concordia).

HB   Après avoir travaillé comme bibliothécaire chez Artexte pendant dix ans, tu as une connaissance approfondie de la collection. Je suis curieuse de savoir ce qui t’a motivé à revenir à la collection en tant que chercheur. Comment ton expérience passée influence-t-elle ton travail actuel ? Est-ce que tes deux personnages, bibliothécaire et chercheur, dialoguent parfois dans ce processus ?

JL  C’est parce que j’ai travaillé chez Artexte pendant 10 ans que j’apprécie vraiment la profondeur de la collection en termes de couverture de l’art contemporain et de l’art canadien ; et combien de choses il me reste encore à découvrir. Mes recherches actuelles portent sur les artistes qui créent des œuvres au travers de personnages ou sous des pseudonymes. Bien entendu, ces stratégies artistiques ne sont pas propres à l’art canadien, mais il existe une riche tradition d’artistes canadiens qui utilisent des personnages et des pseudonymes dans leur pratique. En tant qu’étudiant en art, j’étais fasciné d’apprendre à propos de Dr. et Lady Brute [1]1 (2018). Dossier 410 - Craig, Kate [+ Bull, Hank]. [2]2 (2018). Dossier 410 - Metcalfe, Eric., M. Peanut [3]3 (2018). Dossier 410 - Trasov, Vincent. et Anna Banana [4]4 (2018). Dossier 410 - Banana, Anna. dans mes cours ; et ces figures ont pris une place presque mythique dans ma propre compréhension de l’histoire de l’art canadien. Des années plus tard, j’ai réalisé qu’il y avait plus de personnages et de pseudonymes en jeu que je ne l’aurais jamais imaginé, y compris ceux de nouvelles générations d’artistes, mais je n’ai trouvé aucune publication qui tente de les observer collectivement. L’un des objectifs de ma résidence à Artexte est de publier un livre d’artiste hybride, un dictionnaire biographique des artistes et de leurs alter-égos.

Une autre raison de vouloir revenir à Artexte était que je savais que la collection avait très probablement changée depuis mon départ. Je suis sûr que la bibliothèque d’Artexte qui existe dans ma tête est maintenant différente de la bibliothèque physique que je consulte, car la collection matérielle s’agrandit et change tout le temps. Tout au long de ma résidence, par exemple, plusieurs membres du personnel d’Artexte m’ont signalé des noms d’artistes ou des titres liés à mon projet qui étaient tous nouveaux pour moi.

La plupart des gens que je connais dans le domaine des arts portent au moins deux chapeaux. Dans mon cas, j’ai la chance que mes pratiques de bibliothécaire et d’artiste / chercheur se complètent l’une et l’autre. En tant qu’artiste, je suis souvent inspiré à la fois par l’art des autres autant que les écrits sur l’art. En tant que bibliothécaire, je cherche à rester constamment informé sur diverses pratiques visuelles et à faciliter la recherche dans le domaine des arts.

HB  En quoi la documentation sur l’art enrichit-elle ou nourrit-elle tes recherches ?

JL Parfois, la documentation sur une œuvre d’art, un événement artistique ou une manifestation artistique est la seule trace que vous ayez de la source originale. Une des choses que j’ai pu apprécier chez Artexte était l’importance pour les artistes de documenter leur propre pratique artistique pour l’avenir. Plus souvent qu’autrement, la documentation que vous trouvez dans une publication sur l’art, un site Web ou un dossier d’artistes est incomplète ou fragmentaire ; ou bien l’œuvre originale ne se prête pas facilement à une représentation sur d’autres supports, telle que la performance. Dans ces cas, les documents sur l’art deviennent des pièces d’un plus grand casse-tête. Cela rend la recherche à la fois difficile, frustrante et enrichissante.

Maintenant plus que jamais, j’apprécie la valeur des données de recherche dans les arts visuels (en passant, c’est mon personnages de bibliothécaire d’art qui parle). Si, par exemple, nous considérons une peinture comme une œuvre d’art achevée, nous pourrions considérer une esquisse préparant la peinture comme une donnée de recherche. Pour un sculpteur, les données de recherche peuvent être les maquettes de papier fabriquées avant la finalisation de la sculpture en métal, etc. Les artistes visuels effectuent en permanence des recherches, qui revêtent différentes formes, mais nous n’avons pas nécessairement l’instinct ou l’habitude de capturer ce processus. Je pense que les chercheurs aimeraient avoir accès à cette évolution des idées.

HB  Quelle est la chose la plus surprenante que tu as vécue ou découverte au cours de cette résidence ?

JL  Au fond de moi, je savais que beaucoup des premiers artistes qui créaient des œuvres via des personnages ou sous des pseudonymes étaient souvent liés à des réseaux d’art postal ou à des communautés d’art performance, mais le réel chevauchement entre les deux n’est devenu évident que lorsque j’ai commencé à lire sur des artistes tels que Eric Metcalfe [2]2 (2018). Dossier 410 - Metcalfe, Eric., Kate Craig [1]1 (2018). Dossier 410 - Craig, Kate [+ Bull, Hank]., Anna Banana [4]4 (2018). Dossier 410 - Banana, Anna. et Vincent Trasov [3]3 (2018). Dossier 410 - Trasov, Vincent.. La satire est aussi quelque chose que beaucoup de ces artistes partagent. Pour les artistes qui sont venus après, leur utilisation de personnages et de pseudonymes se fait en grande partie dans différents contextes et pour différentes raisons. Au cours de mes communications avec les artistes au cours de cette recherche, j’ai appris qu’un effet intergénérationnel pouvait également se produire : des artistes qui ont utilisé des personnages ou des pseudonymes dans leur propre travail dans les années 80, par exemple, ont enseigné à des artistes plus jeunes qui utilisent également des alter egos. Il est également intéressant (du moins pour moi) de penser à la manière dont l’Internet a eu un impact sur notre sens du réseautage artistique et de la communauté.

HB  Selon toi, qu’est-ce que la collection ne contient pas, mais qu’elle devrait contenir ?

JL   C’est une question difficile à répondre, car je pense que la collection couvre convenablement l’art canadien contemporain et est bien représentée dans e-artexte, le catalogue de la bibliothèque d’Artexte et son référentiel numérique. Je sais que les dossiers d’artistes d’Artexte contiennent une mine d’or de documents artistiques éphémères imprimés, comme des annonces d’expositions, des déclarations d’artistes, etc. et des documents non-publiés comme des diapositives ou de la documentation vidéo qui ne sont pas proprement documentés dans e-artexte pour des raisons pratiques (un manque de ressources financières et humaines) et juridiques (le respect des droits d’auteur). Artexte n’est pas seul dans cette situation.

Donc, si tu me le permets, j’aimerais changer la question pour « Selon toi, qu’est-ce que tu aimerais voir se développer autour de la collection et qui manque actuellement ? ». Ma réponse à cela serait de mettre en place les politiques, les ressources et les systèmes nécessaires pour permettre à Artexte de travailler en collaboration avec des artistes à la numérisation de toute cette documentation artistique étonnante et inexploitée – et à la rendre librement accessible au public.

John aimerait remercier Artexte et la bibliothèque de l’Université Concordia pour leur généreux soutien à sa résidence de recherche.

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juillet 2018
Artexte